• 5000-10000 kenya

    Eliud Kipchoge, qui surprend El Guerrouj et Bekele

    La première saison d'Eliud Kipchoge au plus haut niveau commence en 2003. Dès le début d'année il devient champion du monde junior de cross-country à Lausanne. Fin juin, le voilà déjà sous les 13 minutes au 5000m, en courant en 12'51''61 à Oslo juste derrière Kenenisa Bekele et Sammy Kipketer. Malgré son jeune âge il parvient à décroché son billet pour les Mondiaux de Paris 2003 grâce à une troisième place aux sélections kényanes.

    Alors qu'on attend le duel Hicham El Guerrouj – Kenenisa Bekele pour le titre mondial du 5000m, Eliud Kipchoge va venir créer la surprise en s'imposant de justesse en 12'52''79 (record des championnats), devant le Marocain en 12'52''83 et l'Ethiopien en 12'53''12. El Guerrouj avait pourtant pris les devant à deux tours de l'arrivée et semblait s'envoler vers la victoire... 

    5000-10000 kenyaMais si le kenyan a pu compter sur un certain effet de surprise au stade de France, les deux cadors que sont El Guerrouj et Bekele savent qu'ils devront se méfier d'Eliud Kipchoge pour les Jeux d'Athènes '04. En début d'année 2004 aux Mondiaux de cross-country à Bruxelles, Eliud Kipchoge est quatrième du cross long à plus de vingt secondes du podium 100% éthiopien. Début juillet à Rome, il court l'excellent temps de 12'46''53 et devient le quatrième meilleur performeur de l'histoire.

    A Athènes, lors de la finale olympique du 5000m, Hicham El Guerrouj s'impose d'un tout petit dixième d'avance sur Kenenisa Bekele pour l'emporter en 13'14''39 et aller chercher le doublé 1500-5000m. Eliud Kipchoge est troisième en 13'15''10 mais n'a pourtant pas démérité, en prenant la tête à 4 tours de l'arrivée pour n'être dépassé qu'aux 4800 mètres. Cinq jours plus tard, il court un 3000m à Bruxelles dans le très beau chrono de 7'27''72.

    En 2005, après avoir été cinquième des Mondiaux de cross-country à Saint-Galmier à seulement 3 secondes du podium, on se dit que le titre mondial du 5000m lui est promis après la retraite de El Guerrouj et  l'alignement de Bekele sur le seul 10 000m. Il n'en sera rien et Eliud Kipchoge ne montera même pas sur le podium où figure sur la plus haute marche son compatriote Benjamin Limo. Il n'est en fait pas loin du tout, à seulement 0''08 du troisième, l'Australien Craig Mottram, et à 0''23 du second, l'Ethiopien Sileshi Sihine éternel second de Bekele sur 10 000m.

    En 2007, Eliud Kipchoge bat son record personnel du 10 000m en 26'49''02 mais à Osaka '07, il trouve un nouvel obstacle sur son chemin, en la personne de l'ex-kényan Bernard Lagat qui l'empêche de rééditer sa victoire de Paris '03. La course étant très lente, cela présente un gros avantage pour le néo-américain déjà auréolé du titre mondial du 1500m quatre jours plus tôt. Il s'impose en 13'45''87 contre 13'46''00 pour Kipchoge.

    La finale olympique du 5000m de Pékin '08 ne ressemble pas à toutes les autres finales très serrées où a prit part Eliud Kipchoge. Cette fois-ci le podium est net et sans bavure, Kenenisa Bekele s'empare du record olympique en 12'57''82 devant Eliud Kipchoge en 13'02''80 et un autre kényan Edwin Cheruyot Soi en 13'06''22. Le quatrième est à quatre secondes du podium et le cinquième à dix secondes.

    Place à une nouvelle génération prête à perpétuer la tradition

    On l'a déjà vu avec David Rudisha, la jeune génération kényane est carrément décomplexée et montre qu'on pourra compter sur elle dans les prochaines années. Plus jeune d'un an que Rudisha, Asbel Kiprop, né en 1989, est lui déjà champion olympique, sur 1500m. Mais ce titre olympique garde un goût amer. Il ne sera pas monté sur la plus haute marche du podium olympique dans le nid d'oiseaux de Pékin, la faute à Rashi Ramzi, contrôlé positif à l'EPO CERA, qui sera déclassé peu après les Jeux. Ce déclassement permettra également au français Mehdi Baala de monter pour la première fois de sa carrière sur un podium olympique.

    Asbel Kiprop dont le prénom signifie « déterminé » fera tout pour laisser sa trace dans l'histoire du demi-fond kényan. Après une victoire chez les juniors aux Mondiaux de cross-country 2007, deux quatrièmes places mondiales sur le 1500m à Osaka '07 (à 0''20 du 3ème, le kényan Shedrack Korir) puis à Berlin '09 (à 0''27 du 3ème, l'ex-kényan Bernard Lagat), Asbel Kiprop s'est offert en 2010 la première édition de la Diamond League sur le 1500m/mile.

    Aux mondiaux de Daegu 2011, dans une course tactique Asbel Kiprop termine le dernier 800m en moins de 1’50 pour l’emporter en 3’35’’69 devant Silas Kiplagat, 3’35’’92. Alors qu’il est favoris pour les jeux olympiques de Londres après avoir couru 3’28’’88 à Monaco, il termine dernier de la finale du 1500m remportée par Taoufik Makhloufi. Né en 1989, Kiprop a encore de beaux jours devant lui. 

    Un autre jeune à avoir briller aux JO de Pékin '08 est Samuel Wanjiru. Bien plus que briller, il a même offert au Kenya sa toute première médaille d'or olympique de l'Histoire sur le marathon. Il entre donc dans le palmarès des premières médailles d'or après Neftali Temu (10 000m), Kipchoge Keino (1500m), Amos Biwott (3000m steeple), John Ngugi (5000m) et Paul Ereng (800m).

    Mais à Pékin, Samuel Wanjiru n'était déjà plus un inconnu. On le connaissait surtout sur le semi-marathon. En 2005 à Rotterdam, à officiellement 18 ans, il s'emparait pour une petite seconde du record du monde de Paul Tergat en 59'16. Peu après, en 2006, Haile Gebresselassie s'empare du record en 58'55... pour une courte durée puisque Samuel Wanjiru reprend son bien durant l'année 2007, l'améliorant même par deux fois jusqu'en 58'33 à La Haye aux Pays-Bas. Son temps de référence ne résistera pas à l'érythréen Zersenay Tadese, 58'23 en 2010.

    Ses débuts sur marathon s'effectuent au marathon de Fukuaka en décembre 2007 dans le très joli temps de 2h06'39. Pas mal pour un début... Moins de neuf mois plus tard et avec seulement trois marathons dans les jambes, il devient champion olympique à Pékin dans le chrono de 2h06'32, fracassant le record olympique du Portuguais Carlos Lopes de près de 3 minutes. Le record olympique du portugais datait de 1984 et personne n'était alors redescendu sous les 2h10 lors d'un marathon olympique.

                               

    Le 15 mai 2011, Samuel Wanjiru trouve la mort chez lui dans des circonstances assez floues, d’une chute de son balcon. Il n’avait pas encore vingt-cinq ans, et rêvait de descendre un jour sous les 2h au marathon. Le premier ministre kenyan, Raila Odinga, soulignait que « la mort de Samuel Wanjiru n'est pas seulement une perte pour sa famille et ses amis mais une perte pour le Kenya dans son ensemble et pour le monde de l'athlétisme tout entier ». Culture Athle lui a rendu hommage dans un article retraçant sa vie : "Samuel Wanjiru, un champion parti bien trop tôt". 

    Un autre jeune athlète a frappé les esprits dans le monde de la course à pied, en fin d'année 2010. Retenez son nom : Leonard Patrick Komon. Alors qu'il obtient de très bons résultats en cross country (2e des Mondiaux '08, puis 4e en 2009 à 1'' du podium, et encore 4e 2010), il stupéfie dans les courses sur route. En septembre 2010, il est le premier coureur à courir en moins de 27' sur 10km sur route, dans un stratosphérique 26'44. Deux mois plus tard, il bat le record mondial du 15km en 41'13... On ne peut dire jusqu'où il ira et on aimerait bien le voir plus tard monter sur semi-marathon ou sur la distance reine du marathon.

    Pour terminer sur le potentiel et la domination kényane sur la route, les statistiques suivantes (à fin 2010) valent mieux qu'un long discours : dans les 10 meilleures performances mondiales de tous les temps on retrouve 9 kényans sur le 10km, 8 kényans sur le semi-marathon et 9 kényans sur le marathon... et encore sur ces 3 distances, Haile Gebresselassie s'interpose entre eux. 

    Le Kenya est donc définitivement devenu la nation numéro 1 de la course à pied. Pourtant les grands champions kényans ne sont pas toujours médiatisés comme ils devraient l'être, à l’image d’un David Rudisha. Après avoir mis en lumière les coureurs kényans de 1964 à 1996 dans l'article "à la conquête du demi-fond", puis de 1996 jusqu'à aujourd'hui dans l'article "au top du demi-fond mondial", nous terminerons notre tour d'horizon par les expatriés et les athlètes féminines qui ont tardé à s'imposer sur le devant de la scène internationale.

                                                       

                                                                         Page 1 :  Paul Tergat