• Frédéric Cornette se souviens des JO de Barcelone en 1992

    Une course de quatre ans pour Frédéric Cornette

    Qualifié pour les Jeux olympiques de Barcelone en 1992, l’Axonais Frédéric Cornette a vécu une aventure formidable, le résultat d’une ascension fulgurante enclenchée quatre ans plus tôt.

                 Champion de France du 800 mètres à Narbonne en 1992, Frédéric Cornette s’est ouvert les portes des JO de Barcelone.Le Parisien (archives)

    Été 1991. Claire Chazal fait ses grands débuts au JT de TF1. Yannick Noah fait danser une France qui en a bien besoin sur Saga Africa, alors qu’une des figures de la chanson française, Serge Gainsbourg, vient de disparaître. Sang contaminé, guerre du Golfe, le pays est dans la tourmente.

    Loin, très loin, les championnats du monde d’athlétisme de Tokyo (Japon) vont offrir quelques instants magiques.

    Il y a bien sûr le titre mondial décroché par Marie-Josée Perec sur 400 m, cette finale historique à la longueur entre l’Américain Mike Powell et son compatriote Carl Lewis qui vient de devenir pour la troisième fois consécutive champion du monde du… 100 m. Powell réalise l’exploit et casse le record de la discipline avec un saut à 8,95 mètres.

    Tourné vers les JO dès 1988

    Au cœur de ces événements, un « petit » Axonais débute une formidable aventure. À Tokyo, Frédéric Cornette découvre le grand monde de l’athlétisme, qualifié sur 800 m après avoir battu son record en 1’46’’18 lors d’une course à Dole (Jura). « Il fallait passer en dessous 1’46’’20 pour aller aux Mondiaux, se souvient le natif de Laon. Je suis entré dans la cour des grands. »

    Pas intimidé, le jeune Axonais de l’époque fait 2e de sa course de série (1’47’’02) et se retrouve en demi-finale. Lorsqu’au départ il aperçoit Johnny Gray (USA) ou Billy Konchella (Kenya), Frédéric Cornette en perd son latin : « Je me retrouve avec des gars que je regardais à la télé, à ce moment-là, c’est très bizarre, je cours et je les regarde en même temps (1’48’’04)… Du coup, la finale, je l’ai vu des tribunes (rires).»

     

                         

    Pas de finale mondiale (remportée par Konchella) mais une folle envie d’aller plus loin. « J’ai alors eu très envie d’aller aux JO, assure-t-il, alors, avec mes entraîneurs et mes proches, on a tout mis en place pour y arriver. »

    Trois ans plus tôt, en 1988, Frédéric Cornette avait annoncé vouloir participer aux Jeux Olympiques de Barcelone 1992. « Ça avait fait sourire à l’époque » ! Mais les courses s’ouvrent et « Fred » améliore son chrono. « Je me souviens d’un gros meeting à Dijon, juste avant les France en 92, rappelle le directeur enfance, jeunesse et famille de la ville de Tergnier. Je fais 1’46’’00. » Les JO ne sont plus loin mais la DTN (direction technique nationale) prévient qu’elle n’enverra un athlète que s’il est champion de France.

    Des jeux vidéo avec David Douillet

    « Et j’y ai été ! » C’est à Narbonne, Frédéric Cornette décroche son premier titre de champion de France du 800 m (1’46’’66) : « J’étais très lucide et très fort ce jour-là, c’est rare de se sentir comme ça mais je savais que j’allais le faire. » Quelques jours plus tard, à Nice, l’actuel licencié de l’UA Chauny passe sous la barre des 1’46. « C’était une course de très haut niveau, j’étais un peu loin au 400, et dans le finish je reviens dans le paquet (5e ou 6e) et bats mon record (1’45’’82). » Un record qu’il ne tombera plus…

    Après un stage de préparation à Aix-les-Bains, Frédéric Cornette rejoint donc le village olympique de Barcelone. Il est LE représentant français du 800 m ! « C’était grandiose, se remémore-t-il, se retrouver en compagnie des meilleurs athlètes du monde de toutes les disciplines. C’est LA compétition ! » 

                        

    Sportivement, malheureusement, la course, car il n’y en aura qu’une, n’a pas été à la hauteur des espérances. « Je sors dès les séries, regrette encore celui qui portait le maillot de l’AC Paris-Joinville durant cette période faste. En fait, j’étais sur la (re)descente, ma préparation avait été faite pour me qualifier, pas pour bien figurer. J’aurais aimé faire une demi-finale, après, il faut rester lucide, la finale était inabordable pour moi. »

    Le Kenyan William Tanui décrochera la médaille d’or de la discipline (1’43’’66).

    Mais au-delà de la déception (relative), « d’autres souvenirs surpassent l’aspect sportif », poursuit l’athlète qui est dans sa cinquantième année : « J’ai beaucoup d’anecdotes, de souvenirs, d’être là, entouré de vedettes. Je me souviens notamment avoir joué aux jeux vidéo avec David Douillet, qui n’était pas encore celui qu’il est devenu, mais il avait tout de même décroché le bronze cette année-là (judo). »

    « La plus belle image de ces Jeux, c’est sur le 10 000 mètres féminin »

    Au rayon des souvenirs, il y a aussi le titre olympique de Marie-Jo Perec, sur le 400 mètres féminin : « J’étais très content de sa victoire car je la connaissais un peu, on a longtemps été dans le même club à Paris ». Barcelone 2012 ne sera cependant pas un grand souvenir pour l’athlé français avec une seule médaille d’or (Perec).

    « J’ai aussi pu constater la ferveur du public espagnol avec la victoire de Fermin Cacho sur 1500 mètres, raconte l’athlète qui a débuté à l’ESC Tergnier. Mais pour moi, la plus belle image de ces Jeux, c’est sur le 10 000 mètres féminin, où l’Éthiopienne (Derartu Tulu) a attendu Elena Meyer, l’Africaine blanche, pour un tour d’honneur après sa victoire, un vrai symbole de la fin de l’apartheid. »

    Un symbole, des images, des souvenirs impérissables pour Frédéric Cornette qui poussera encore quatre années au plus haut niveau, avec un nouveau championnat du monde en 1995 à Göteborg (Suède). « Après, j’ai lâché, il était temps de passer à autre chose… »