• La Sale affaire qui empoisonne le Kénya

    La sale affaire qui menace l’athlétisme kényan 

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    Après la Russie, le Kenya? Peut-être. A moins de 30 jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio 2016, une nouvelle affaire de dopage empoisonne l’athlétisme mondial. Cette fois, les faits se sont déplacés de Moscou à Nairobi. Ils concernent deux agents et un entraîneur italiens. Ils pourraient impliquer l’un des meilleurs coureurs de demi-fond de la planète, favori pour une médaille d’or aux Jeux de Rio.

    Chronologiquement, l’affaire débute lundi 4 juillet. Federico Rosa et son père Gabrielle (photo du bas), deux agents italiens à la tête de l’agence Rosa & Associati, sont arrêtés par la police kényane à leur retour d’Eldoret, où ils ont assisté aux sélections olympiques du Kenya. Une perquisition est organisée dans leurs chambres d’hôtel. Les enquêteurs cherchent des produits dopants. A ce stade de l’histoire, rien ne permet d’assurer que la police a découvert des substances interdites. Interrogé par Associated Press, Federico Rosa a assuré que rien n’avait été découvert dans sa chambre qui soit sujet à la moindre poursuite.

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    Au même moment, un troisième personnage, italien lui aussi, est arrêté par la police. Claudio Berardelli, un entraîneur d’athlétisme, longtemps employé par l’agence Rosa & Associati, fait l’objet lui aussi d’une procédure. Appréhendé à Eldoret, il est censé se présenter cette semaine devant un tribunal au Kenya.

    A Nairobi, Federico et Gabriele Rosa sont questionnés dans un commissariat de Nairobi. Aucun détail n’a filtré de l’entrevue. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le tribunal de Kibera, dans la capitale kényane, a ordonné leur détention pour deux jours. Les Italiens sont soupçonnés d’avoir fourni des substances à des athlètes par le canal de leur agence de management sportif. Or le dopage est devenu un acte criminel, au Kenya, depuis l’adoption récente par le Parlement d’une loi dédiée à la fraude dans le sport.

    « Compte tenu des déclarations faites par les enquêteurs, les enquêtes ont déjà commencé et sont en cours, a expliqué Bernard Ochoi, le magistrat en chef du tribunal de Kiberia. J’ordonne que le suspect (Federico Rosa) soit placé en détention jusqu’au vendredi de cette semaine, c’est à dire le 8 juillet, où il comparaîtra devant la Cour pour répondre de ses actes ». A en croire les propos du magistrat, seul Federico Rosa serait concerné par les accusations. Son père ne semble pas, pour l’instant, dans le collimateur de la justice.

    Selon la presse nationale, le fils Rosa a été conduit dans son lieu de détention après son audition devant le tribunal, « sous le regard impuissant de son père, présent dans la salle d’audience. »

    L’affaire Rosa ne fait sans doute que commencer, mais elle présente un air de déjà-vu. En avril 2015, la Fédération kényane d’athlétisme (AK) avait suspendu pour 6 mois deux agences étrangères: Rosa & Associati et Volare Sports, une société dirigée par le Néerlandais Gerard van de Veen. Le temps, selon la Fédération, de mener une enquête sur leur fonctionnement et faire la lumière sur les rumeurs de dopage entourant les deux entités.

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    Spécialisée dans l’athlétisme africain, l’agence italienne s’est longtemps occupée de la marathonienne Rita Jeptoo (ci-dessus), trois fois fois victorieuse du Marathon de Boston, suspendue deux ans en 2014 pour dopage à l’EPO. Hasard du calendrier: son ancien agent attend son heure dans une prison de Nairobi au moment précis où le Tribunal arbitral du sport (TAS) doit se pencher sur son appel, ce jeudi 7 juillet à Lausanne. Deux autres athlètes kényans représentés par Rosa père et fils sont tombés pour dopage au cours des dernières saisons, Mathew Kisorio et Agatha Jeruto.

    A moins d’un mois des Jeux de Rio, l’affaire Rosa n’est pas sans conséquence pour l’athlétisme kényan. L’IAAF a en effet placé le pays sous « surveillance », exigeant que ses athlètes soient en mesure de démontrer leur innocence avant de participer aux Jeux de 2016. Surtout, les deux Italiens s’occupent des intérêts de la star du demi-fond kényan, Asbel Kiprop, médaillé d’or olympique sur 1500 m à Pékin en 2008, triple champion du monde sur la distance. Le coureur n’a encore jamais été soupçonné de dopage, son nom n’a jamais été cité dans la moindre affaire trouble. Mais la détention de son agent italien n’apparaît pas comme une très bonne nouvelle.