• Protocole

    Protocole

    Reportage stade 2 sur le dopage : Dix arguments scientifiques qui démontrent que cette pseudo-étude n’a aucune valeur. Par Dr.Anna-Isabel SCHLAGOWSKI & Dr. Joffrey ZOLL

    1. Absence d’un groupe « contrôle » qui aurait dû recevoir des injections de produits placebo (sans effet). C’est la base de toutes les études scientifiques. Les sujets ne doivent pas savoir s’ils reçoivent ou non les produits (étude en aveugle). Sinon, comment ne pas penser que les progressions sont le fruit d’un effet essentiellement psychologique ? En effet sur un contre la montre à vélo ou une épreuve comme un 3000m, le paramètre mental joue un rôle extrêmement important.

    2. On ne connait rien du suivi pendant les 3 semaines d’entrainement, comment être sure que les sujets n’ont pas augmenté, même sans le vouloir, leurs séances d’entrainement durant les 3 semaines ?

    3. Les sujets sont des anciens sportifs de haut-niveau (et non, comme avancé par France 2, des sportifs de haut-niveau), de niveau très hétérogènes (entre 3h et 3h30-4h sur marathon). Ainsi, lorsque l’on a un niveau physique de coureur régional, il est classique d’améliorer de 2 à 5% ses performances sur une épreuve comme un 3000m, simplement par un « effet placebo » qui vous booste et vous porte lors de l’épreuve. De plus, lorsque l’on fait ce genre de test deux fois en peu de temps, il est courant que l’on fasse un meilleur temps lors du deuxième test (d’où l’importance du groupe contrôle).

    4. Les auteurs ne montrent aucune valeur « biologique » qui prouve une amélioration des capacités à l’exercice. Tout repose sur des résultats de performance (chrono), des ressentiments personnels, sur des interviews subjectives, avec des effets qui peuvent clairement s’expliquer par un effet purement mental. Or, avec une bonne motivation (argent, passer à la télévision, presse etc.) il est très facile de gérer son effort de manière à répondre au mieux aux besoins de l’étude.

    5. Une étude avec 8 sujets ressemble à une étude préliminaire. Pour pouvoir conclure sur des résultats chez l’homme, il faut un nombre de sujets beaucoup plus important, ce qui n’est bien entendu pas possible dans ce cas précis. Ainsi, les conclusions avancées par les auteurs et relayées par les medias sont tout simplement totalement incorrectes statistiquement parlant. Les différents graphiques diffusés par France 2 servent uniquement à l’illustration spectaculaire (% d’augmentation de la performance etc), mais n’ont aucune valeur scientifique (moyenne, écartype, puissance des tests statistiques réalisés etc).

    6. C’est clairement ceux qui avaient les performances les moins bonnes au départ qui se sont le plus améliorés, ce qui est classique dans tous les types d’entrainement « propre ». Un athlète moins entrainé a forcément une plus grande marge de progression qu’un athlète très entraîné.

    7. Il est complètement faux d’avancer que gagner 31 secondes lorsque l’on a un niveau très moyen est équivalent à gagner 31 secondes lorsque l’on est dans les 40 meilleurs coureurs au monde sur 3000m. Comment peut-on avancer une telle aberration ?
    8. Pierre Sallet, porteur du projet et l’un des responsables (au bagage scientifique faible) de l’étude, a visiblement également participé à l’étude comme un des huit sujets. Ce qui veut dire qu’il fut à la fois dans la mise en place du protocole et en même temps sujet de l’étude, ce qui est évidemment scientifiquement incorrect et totalement inadmissible.

    9. Communiquer des résultats scientifiques à propos d’un sujet aussi délicat que le dopage, sans que ceux-ci ne soient validés par la communauté scientifique est très dangereux et non-professionnel. Car, il faut savoir que pour l’instant cette étude n’est aucunement vérifiée, approuvée et encore moins validé par la communauté scientifique. Elle n’a donc clairement aucune valeur.

    10. Pourquoi rendre publique une étude dont, d’après les auteurs, l’unique vrai objectif est de démontrer aux autorités que les tests anti-dopages ne sont pas assez sensibles ? Si ce n’est que pour tenter veinement un coup médiatique et d’accentuer le peu de crédibilité dont souffrait déjà le monde sportif !

    En résumé, à partir d’une étude préliminaire, non validée et clairement faussée par un mauvais design (pas de groupe contrôle), les auteurs font passer un message qui est clairement mauvais et délétère pour l’ensemble de la communauté sportive. Le vrai message c’est que la progression dans les performances sportives passe par beaucoup d’entrainement, une hygiène de vie irréprochable, l’écoute de son corps, une préparation mentale et une planification scientifique des entraînements sans faille, afin d’optimiser au mieux la progression de l’athlète jusqu’au plus haut niveau.