• Récit Antoine VI

    12h42 – Méaudre : fin ? Fin du début ou début de la fin ?                                Retour

    En 7h43’10’’, j’ai parcouru 43,5 km et 1.950 m de dénivelé cumulé positif et autant en négatif. Ce que j’ignore : Je suis 287ème sur 316 (donc 13 places de mieux) et avec 3h12’46’’ d’écart, le premier a plus que doublé son avance sur moi…                           Après les 2 abandons à Corrençon, 13 solos rendent leur dossard ou sont hors délais. Il est 12h42 et j’ai donc plus de 45 mn d’avance sur la barrière horaire fixée à 13h30. 

    Mais l’entrain n’est plus là, j’ai (presque) décidé d’abandonner...  

    A cet instant, je regrette sévèrement mon entraînement trop léger, de n’avoir pu faire mes séances de dénivelé, ma préparation musculaire spécifique quasi-inexistante, mes heures de coucher matinales… Je ne suis que douleurs : dos, cuisses, fesses et même les trapèzes (avec les bâtons)... 

    Mais je me dis qu’un abandon scellerait la fin de l’ultra pour moi… Dur à accepter…Par réflexe, je bois le reste de mon bidon de boisson énergétique et le remplis à nouveau avec ce qui me reste de poudre, complète celui d’eau et me restaure : pâte de fruits, gâteaux apéritifs et autres mini-Tuc.                                                                     Je m’assieds et discute avec un autre concurrent solo, Jean-Luc, qui trouve aussi cet ultra très exigeant, mais me dissuade d’abandonner. Il me propose qu’on reparte ensemble. Même si cette proposition était involontairement souhaitée, je réserve ma décision : il faut que je dorme un peu…                                                                 Il me laisse jusqu’à 13h10. Je vais m’allonger à l’ombre contre un mur et mets mes jambes en l’air, un exercice de récupération que j’ai appris cette année (merci Patrick !). Je me relève, ce court moment de repos et de détente m’a fait un bien fou, réellement ! 

    Relais 3 : La course… contre la montre ! 

    13h10, nous repartons en twin.                                                                       Prochain ravitaillement : Autrans au 48ème km.                                                       La prochaine barrière horaire est à Saint-Nizier (km 62,5) et fixée à 17h30. Nous avons 4h20 pour effectuer 19 km et un peu plus de 1.000 m de dénivelé.                   Nous croyons avoir le temps de rejoindre sereinement le prochain relais… Grave erreur ! Nous croyons pouvoir nous y reposer avant d’attaquer le dernier quart… Quelle déception ! 

    Nous sommes repartis en nous disant que cette partie serait la plus difficile psychologiquement.Mais je me disais qu’en finissant ce 3ème relais, j’ouvrais la porte du dernier et me projetais déjà dans celui-ci en me disant qu’arrivé là, il ne serait plus question de ne pas franchir la ligne d’arrivée… Oui !... Mais ce relais allait s’avérer plus ardu que nous le pensions, nous mettant à rude épreuve. 

    On discute de ce trail et je suis étonné que Jean-Luc le trouve si difficile alors qu’il me confie être triathlète de longue date et avoir bouclé une quinzaine ou une vingtaine d’IronMan… 

    La première bosse est recouverte de forêts et le cheminement est agréable, je me remets à courir, entraînant Jean-Luc. Puis nous traversons à un pont en bois qui tangue à notre passage. Je me rappelle l’Ardennes Méga Trail, une course pour sangliers (l’emblème du département) où je me demandais si les organisateurs connaissaient les ponts pour les passages de rivières. Même à l’arrivée, il faut normalement traverser la rivière à gué, sauf que cette année, comme le niveau était trop haut et le courant fort, ils s’étaient rappelés qu’en voiture ils prenaient... un pont ! 

    Je me demande ce que les organisateurs vont nous réserver par la suite... Ah les organisateurs... Toujours des idées farfelues, de quoi mettre un peu de piment au moment où on s’y attend le moins, ou sinon quant on aspire qu’au repos... J’ai l’impression qu’à l’UTV, ils ne dérogent pas à la règle...

    Arrivés à une fontaine d’eau de source, fraîche et délicieuse, nous sommes rejoins par notre soixantenaire blessé au visage. Je suis réellement impressionné par sa motivation… Je prends une vraie leçon de courage et de volonté. Avec mon binôme, nous le félicitons et remarquons sa détermination. Il nous répond qu’il a effectué 32 km depuis sa chute et qu’il est toujours debout…  Je le reverrai une dernière fois, faisant un bout de chemin avec son épouse en quittant Autrans.

    Sur la photo, il est juste derrière moi, vêtu d’un t-shirt rouge. 

    Récit Antoine VIJean-Luc, t-shirt bleu et crane rasé sur la même photo, se laisse distancer progressivement et me fait signe d’y aller. On se retrouvera à Autrans, où il souhaitera rester un moment de plus... de trop !                                                                                                                      Page 6                                                      >>>>