• Récit Antoine VIII

    Je rejoins un petit groupe peu avant Engins et les Gorges du Furon.                Retour 

    Récit Antoine VIIIPlus on descend profond dans la gorge, plus une question nous angoisse au vu de la verticalité de l'obstacle qui se dresse devant nous : par où vont-ils nous faire passer ? À droite en remontant sur Lans-en-Vercors ou en contournant du côté de la vallée de Grenoble, pas tout droit espérons-nous, mais sans y croire ?Que disais-je déjà sur les organisateurs ? Pardon, les Gentils Organisateurs ! 

    On franchit la route au lieu dit Les Jaux (857 m d’altitude), contournons une maison et descendons en contrebas pour passer la rivière au fond du canyon… Il y a quand même un pont, ouf ! Les Gentils Organisateurs ne nous ont pas fait ce coup là... Ou ils n’y ont pas pensé... Peut-être l’an prochain... Mais ils ont en fait pensé à une autre douceur... plutôt une autre douleur... pour nous ! (Sadiques !) 

    Le couperet tombe : le chemin est en face et serpente sous et entre les arbres accrochés par miracle à la pente, et au dessus, une falaise se dresse.On regarde en l'air : nous devons grimper 300 m de D+ à la verticale après un périple d’une soixantaine de kilomètres ! Nous allons affronter l'équivalent de la Tour Eiffel... sans les escaliers ! 

    On pénètre dans la forêt, la vision est pire que ce qu’on attendait : le chemin de chèvre louvoie au travers la forêt, le sol est meuble et se dérobe sous nos pieds, et des arbres sont couchés au travers de ce qui ressemble à peine à un chemin...Après la descente d’enfer, l’enfer de la montée ! 

    Sur un panneau est inscrit : Saint-Nizier 55 mn... Pour qui ???Ma montre indique 16h36 et la barrière horaire au relais est fixée à... 17h30. Et j’accuse la fatigue... 

    3 mn plus tard, nous sommes plusieurs à avoir les jambes littéralement coupées, car c'est comme si nous montions des marches d'escalier 4 à 4, sans les marches ! Stoppés nets… Il faut du temps et les encouragements de nos partenaires pour que nous reprenions la grimpette. 

    Mais arrivé au pied de la falaise, il faut désormais escalader. Le rocher est équipé d’une main courante permanente. On monte à la verticale en tirant sur la rampe d’acier et nos bâtons nous encombrent... La moindre erreur se paierait cash... J’aurai dû prendre mon baudrier...Nous grimpons les uns à la suite des autres, pas de distance de sécurité qui puisse s’appliquer. Une pierre qui se détache ou un concurrent qui glisse, et c’est la chute. 

    Il reste à franchir un chemin à flanc de falaise et taillé dans la roche, 1 m de large donnant sur 50 m de vide, mais plus de vertige, je suis sans doute trop fatigué pour l’avoir ! 

    Nous finissons enfin par passer le Pas de la Corne, à 1.143 m d’altitude. 

    Une fois sur terrain plat – tout est relatif – on forme un petit groupe de 3.Parmi nous une concurrente inscrite en team, mais dont le partenaire est malade et lui a annoncé qu’il allait abandonner, la disqualifiant d’office. Je les avais encouragés dans la montée du Pas de Bellecombe, où il avait dû s’asseoir. Lui s’arrête, mais elle veut continuer, désespérément. 

    Le chrono tourne et on commence à se demander si cela ne vaudrait pas mieux pour nous… de ne pas franchir la barrière horaire… une excuse comme une autre pour légitimer l’abandon... 

    Mais on relance, car finalement on en veut... Vraiment… On entend des bravos venant d’un village au loin, mais on ne voit rien ni personne, mais les arbres cachent les maisons, on ne sait pas combien il reste à parcourir avant le relais et le chrono s’affole...

    12h19 – Saint-Nizier-du-Moucherotte : et de trois ! Stop ou encore ? 

    On arrive sous les hourras au relais seulement 10 mn avant la fermeture de la barrière, donc... forcés de continuer. En plus, c’est le dernier quart : il (ne) reste (que ?!?) 23 km et environ 1.200 m de D+. 

    Nous avons franchit approximativement 62,5 km, 3.150 m de D+ et 3.000 m de D-.Les infos que je n’ai pas : je suis 251ème sur 273 classés (-25 !). Je regagne 28 places. 

    J’ai la flemme de retirer mon sac, je prends sur la table du ravitaillement quelques abricots secs et des petits gâteaux apéritifs salés.Je n’ai plus de poudre énergétique, mais il y a un jerrican avec un mélange tout prêt que j’ai déjà testé sans problème. Je refais le plein et hésite à aller voir les masseurs. 

    Finalement, notre concurrente a réussit à négocier son transfert sur l’effectif « solo » et reprend immédiatement la course, elle finira dernière de cet UTV...                     Le massage attendra, de toute façon, était-ce vraiment sage...Avec un compère (Alain ?), nous lui emboîtons le pas tant bien que mal et ne la rattrapons qu’au pied du Moucherotte (1.901m) dont nous attaquons la montée à 3.                             Nous croisons une concurrente du solo en sens inverse, qui a finalement décidé de faire demi-tour, nous tentons de l’encourager mais elle ne nous répond même pas… D’expérience je sais ô combien elle doit être déçue, surtout après avoir effectué les trois quarts du parcours… 

    Un panneau indique le sommet à 2 h.Comme auparavant, je prends le lead à la montée, regard fixé à 5 m, planté de bâtons régulier et efficace... Important le « planté de bâtons », ce n’est pas le moniteur de ski de Jean-Claude Dusse, in « Les Bronzés font du ski » qui me contredira !

    (d’autant que Fernand Bonnevie, c’est son nom, est décédé cette année en mai à l’âge de 98 ans) 

    Nous avons un rythme convenable, mais savons que les prochaines barrières horaires sont serrées : il faut escalader le Moucherotte (1.901m), redescendre et arriver à Lans-en-Vercors avant 20h...Le sanglier est à l’œuvre, il trace le chemin ! Je monte d’un pas décidé et mes compagnons suivent… Nous rejoignons vite un groupe de 4 concurrents, solos et relayeurs, que je double…                                             Pendant l’ascension, nous croisons des randonneurs – dont des familles avec des enfants – qui nous encouragent et nous renseignent : il reste du chemin, nous confirme-t-ils... avec une petite mou, voire une belle grimace… 

    On arrive à un petit promontoire où un solo et un ami venu l’encourager font une halte. Ils nous proposent de la Saint-Yorre ou une compote. J’accepte volontiers la compote et, en la mangeant, essaye – en vain – de remonter le moral du solo qui veut abandonner une fois arrivé à Lans. Je remercie et reprend mon chemin, me plaçant au milieu de notre file indienne. 

    A l’ouest, les nuages ont fait leur apparition depuis quelques temps et nous entendons les sinistres grondements du tonnerre se rapprocher… La luminosité baisse rapidement…Juste avant le sommet, il y a un abri tempête avec de gros câbles d’acier faisant sans doute office de paratonnerre. D’autres câbles viennent aussi du sommet, je me dis que la foudre doit vraiment taper très dur ici…                                     Trois alpinistes (ou des stackliners) avec leur matériel redescendent à vive allure, çà sent le roussit ! C’est alors que nous recevons les premières gouttes, la pluie sera désormais notre fidèle compagne. 

    Au sommet, au relais télécom, un tandem de contrôleurs nous attend. Ils n’ont pas l’air rassurés…

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