• Récit Antoine VIV

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    Récit Antoine VIV

    La pluie redouble et de toute façon, pas le temps de profiter du point de vue splendide et vertigineuse sur la vallée de Grenoble, ni d’admirer la vue à 360° et de situer mes sites alpins préférés grâce à la table d’orientation perchée au point le plus haut. Nous mettons nos vestes de pluie in extremis, la pluie devient diluvienne, et attaquons la descente. 

    Les premiers ont eu une météo idéale et un terrain sec. Nous, notre fin de parcours va s’effectuer sous un déluge continu et s’avérer extrêmement glissante. Mais finalement, à cet instant, je me rends compte que la météo m’importe relativement peu. Mais par endroits, comme c’est une vraie patinoire, il faudra raisonner la bête et calmer ses ardeurs… 

    La barrière horaire se rapproche… Mais je n’ai pas l’impression de m’en approcher... 

    Malgré la pluie battante, il faut impérativement relancer dans la descente et sur le plateau des Ramées. Mon GPS indique parfois 13 km/h, mais le terrain ne me laisse jamais le loisir de me lâcher assez de temps pour combler le retard... D’autant que les rubalises qui doivent baliser notre itinéraire ne sont pas aussi fréquentes ni aussi visibles qu’annoncées (ou ont été subtilisées !!!). 

    Bien plus bas, au détour du chemin, un bénévole nous annonce que Lans est à 2 km et que nous entrons dans une portion très glissante. Il avait raison pour la savonnette, mais ses 2 km devaient être à vol d’oiseau ! Le temps passe et toujours pas en vue le ravito de Lans-en-Vercors et sa cruelle barrière... Celui qui nous a annoncé cette distance induira sans doute en erreur certains concurrents qui ralentiront, croyant avoir encore du temps, alors qu’elle fait au moins du double de celle annoncée ! Combien seront arrêtés pour cela à la redoutable barrière ? 

    On sort de la forêt pour arriver à une route, mais le village semble encore bien loin. On suit la route un petit moment, j’en profite pour accélérer, rattrape un traileur et en rejoint un second. Mais il faut bientôt quitter la route pour retourner en sous-bois… 

    On arrive à un pont, celui qui me devance glisse et tombe à sa sortie, et nous prévient du danger… Je me dis à ce moment que sur cet ultra-trail, à la différence des Ardennes, nous n’aurons pas de passages à gué jusqu’à mi-mollet… Les organisateurs n’ont pourtant pas été avares d’embuches, mais ils ont dû oublier (ou ne sont pas si sadiques !)... Mais on se console vite : on a la pluie ! 

    Enfin la sortie de la forêt, un autre bénévole nous indique le chemin et une distance... Je n’en crois rien et relance sur la chaussée, à raison... 

    19h50 – Lans-en-Vercors : Sauvé, temporairement ! 

    Encore à H -10 mn... Ouf ! 

    Je recharge vite un bidon, mets ma frontale sur le chef et reprend la route seul, immédiatement, ne voulant pas voir la déception des retardataires, bientôt du mauvais côté de la barrière...  Je redoute une hécatombe mais suis loin du compte : au final 39 abandons ou hors délais. Et parmi eux, combien se sont fait piéger par les « 2 km » (à vol d’oiseau) ??? Si près du but !?!  

    Ce que je ne sais pas : je suis 222ème sur 234 classés, encore 29 places de mieux au général. 

    Il reste 11,5 km et 500 m de D+, avec une longue côte et une partie raide. La pluie redouble et la nuit s’installe vite...  Nouveau mais dernier compte à rebours : ligne d’arrivée avant 22h30... 

    La sortie de Lans est en ligne droite et relativement plate sur environ 1,5km, je relance à 10-11 km/h selon mon GPS et m’étonne de ma vitesse.  Personne en vue à 500 m derrière, devant au loin une silhouette qui marche et que je rattrape vite.  

    On attaque la dernière difficulté et rejoignons un petit groupe que je dépasse en m’astreignant à garder le rythme. Je veux assurer le timing et adopte la technique du saumon : m’accrocher aux inserts réfléchissants qui brillent au loin avec ma frontale, les rejoindre et ainsi remonter les concurrents un-à-un. La montée est raide mais moins que je m’y attendais, et je passe les 1,5 km et 300 m de D+ à la motivation pure, une drogue ultra puissante à ce stade de la course.  

    On attaque la descente finale en reformant un trio et atteignons un petit groupe stoppé net : plus de rubalises en vue depuis près de 200 m et rien ne brille dans les faisceaux de nos frontales. Aurait-on manqué un croisement ? Faut-il revenir sur nos pas ? On en doute et avons surtout la flemme de remonter, et poursuivons donc avec l’appréhension de devoir faire demi tour. Un peu plus loin, une marque au sol vient nous rassurer. On forme désormais un nouveau groupe d’une dizaine de traileurs disparates : des solos, des relais 2 et 4... et reprenons notre course.  

    A un moment, nous voyons apparaître les lumières de Villard-de-Lans... Fausse joie : au lieu d’aller vers la lumière, les rubalises nous indiquent un chemin sombre à gauche. L’un de nous se rappelle qu’il y avait une ultime montée, sans se souvenir de ses caractéristiques... J’attaque devant, mais les autres ne suivent pas le rythme... En fait, cette montée fait environ 80 m de D+ sur 1 km. 

    L’heure tourne et mon GPS s’éteint faute de batterie. Je n’ai alors plus aucun repère de temps... Le téléchargement des données partielles donnera : 16h50’31’’ de course, 84,42 km, 5.055 m D+ / 4.911 m D- et 4.860 kilo-calories dépensées, altitude 858 m mini et 1.884 m maxi. 

    Sans chrono, je dois relancer à la moindre occasion, mais jamais bien longtemps à cause du terrain… 

    J’arrive aux faubourgs de Villard-de-Lans où des bénévoles m’indiquent – encore !!! – un autre chemin sombre au lieu d’entrer directement dans la ville... Mais ils se veulent néanmoins rassurant : « dernier km ! » (« Euh... pas à vol d’oiseau, hein ? » ai-je pensé) et très encourageant.Je les remercie : nous on court sous la pluie pour le plaisir, eux trépignent dessous pour le notre. 600 m plus loin, enfin le bitume et la lumière de la civilisation...  

    Je rentre en ville à bride abattue comme un cheval qui sent l’écurie... Dernier slalom entre les maisons, à chaque carrefour des badauds sont restés malgré la pluie pour nous applaudir… Merci à eux, c’est réconfortant ! Enfin l’arrivée, même s’il faut encore contourner le parking et remonter la dernière ligne droite pour prendre possession de mon lot : mon premier buff de finisher. 

    Je passe la ligne à 22h09’34’ après 17h10’07’’ de course, 86km et 4.600m de D+. Je suis 214ème sur 242 au scratch, 82ème vétéran 1 sur 88 et 200ème homme sur 215.  

    Sur 427 inscrits, 331 sont partis, 99 furent arrêtés (dont 87 abandons). Chez les 20 femmes au départ : 17 classées (6 SE, 9 V1 et 2 V2) et 3 abandons (1 SE, 1 V1 et 1 V2).  

    Un grand merci aux (pas si sadiques) organisateurs pour ce parcours exigeant mais ô combien magnifique, même si on les a maudit dans certains passages ou pour certains détours vallonnés...

    L’after mérité 

    Je dîne de bon appétit, avale ma bière avec délectation. Malheureusement les kinés sont partis (avant la fin, c’est bien dommage !) et rejoins donc le gîte avec d’autres concurrents qui y séjournent. Tous les résidents sont finishers. 

    Hormis l’état de fatigue générale (sic), j’ai récolté 1 belle ampoule au niveau de l’oignon de chaque pied et une autre petite dans la paume de la main droite, mais aucune blessure, d’ailleurs je n’ai même pas fait une chute... Je remets le bonhomme d’aplomb : douche chaude et soins aux ampoules, puis m’endors d’un sommeil mérité. 

    Profiter du gîte et du couvert, tout un programme 

    Le lendemain matin, réveil 7h45 et délicieux petit-déjeuner avec le pain maison cuit par Nathalie, notre hôtesse, ses bonnes confitures, un succulent fromage blanc de chèvre... 

    On discute entre ultra-traileurs et partageons nos expériences pendant toute la matinée. 

    A midi, je reste seul avec mon hôtesse et nous discutons de restauration, de qualité des produits...Elle me raconte ses débuts à la reprise du gîte et sa conversion aux produits frais et locaux, son potager dans le jardin et celui que son mari Jean-Claude entretient dans la vallée, près de Grenoble. 

    J’ai prévu mon train en fin d’après-midi et déjeune sur place : je déguste donc la pintade aux fruits secs servie la veille de la course... Un délice ! Je prends aussi une bière blanche bio aux herbes de Chartreuse... Uniquement pour ses vertus médicinales, pour la vitamine B et la levure… Bien entendu... Voyons !?!  

    Nathalie et Jean-Claude auront été aux petits soins pendant ces trois jours, nous véhiculant du début à la fin (y compris pour récupérer mon portable oublié dans la chambre avant le départ de la course), s’assurant de notre confort, de la qualité de nos repas et de notre séjour.

    En plus, de l’accueil et de leur disponibilité, le gîte est confortable et très propre, et la nourriture vraiment faite sur place et avec un maximum de produits artisanaux locaux... Tout pour (me) plaire ! 

    Un bon séjour à renouveler, pourquoi pas lors d’un week-end d’entraînement spécifique avec quelques amis traileurs et/ou en famille. D’autant que Villard-de-Lans est une « station de trail » – avec des circuits dédiés au trail, mais aussi au VTT – dispose d’une piscine et propose des activités aux accompagnants.

    Grenoble est à 3 h de Paris en TGV et Villard accessible par car ou en louant une voiture à la gare. 

    Un très très grand MERCI à Nathalie et Jean-Claude pour leur disponibilité, leur accueil et la qualité de leur gîte, et les mets délicieux. 

    Une adresse à conseiller donc vivement :

                                                            Nathalie Giraud – Gîte l’Essendole

                                                          Les Mourets – 38250 Villard-de-Lans

             04 76 95 05 71 – gitelessendole@orange.fr – http://www.gite-essendole.com

     

    Il me reste quand même à tirer les enseignements de cette course, à faire le bilan. 

    Car même si l’objectif principal était de finir cet ultra et de rompre la malédiction des 2 dernières courses, j’avais escompté finir avant la nuit.

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