• Rudisha le phénomène

    La tradition du 800m est elle aussi bien perpétuée

    On a parlé d'une tradition de steeple, véritable  fleuron du sport kényan mais le 800m est également un grand pourvoyeur de médailles. Après Mike Boit, Billy Konchellah, Paul Ereng, William Tanui, et bien sûr le roi Wilson Kipketer parti sous d'autres cieux en Scandinavie, on retrouve dans les années 2000 de beaux spécimens kényans sur le double tour de piste.

    Wilfred Bungei, le pur sang

     Le premier à éclore est Wilfred Bungei. A vrai dire il peut compter sur des gènes de champions. Dans sa famille on retrouve Wilson Kipketer qui est son petit cousin ainsi que Henry Rono qui est le cousin de sa mère. A 20 ans, Wilfred Bungei se classe cinquième des sélections kenyanes pour les JO de Sydney. L'année suivante il explose au plus haut-niveau. Il termine second des Mondiaux d'Edmonton '01 en 1'44''55 derrière le suisse André Bucher en 1'43''70 et parvient à courir à Zurich dix jours plus tard en 1'42''96. L'année suivante sera pour lui synonyme de record personnel en 1'42''34, à seulement 0''02 de la meilleure performance mondiale de l'année établie par Wilson Kipketer. De 2003 à 2005 Wilfred Bungei devient le meilleur performeur mondial de l'année mais ne peut faire mieux que 5ème à Athènes '04 et 4ème à Helsinki '05, juste derrière William Yiampoy avec qui il battra, pour le compte du Kenya, le record du monde du 4x800m en 2006 à Bruxelles en 7'02''43.

    En 2007, aux championnats du monde d'Osaka on assiste à une course très lente, avec un passage à la cloche en 55''08 et en 1'22''18 aux 600 mètres. Bungei ne termine que 5ème alors que son compatriote Alfred Yego l'emporte en 1'47''09 le chrono le plus lent en grand championnat depuis plus de 50 ans. Les deux premiers se tiennent en 0''01 alors que les six suivants se tiennent en 0''19. Même la finale du 100m est moins serrée !

                                   

    Wilfred Bungei, souvent malheureux en grands championnats, commence à régresser au niveau chronométrique et mise gros sur les Jeux Olympiques de Pékin '08. Il se présente à Pékin en n'étant plus descendu sous les 1'44 depuis 2 saisons. Mais cette fois-ci il emmène la course comme il l'entend. Il mène de bout en bout, en 53''35 aux 400 mètres, 1'19''17 aux 600 mètres, pour finir en 1'44''65 sans avoir vraiment été inquiété. Bungei rapporte au Kenya son premier titre olympique sur 800m depuis 16 ans (William Tanui à Barcelone) et le troisième de son histoire (avec Paul Ereng en 1988).

     Dans cette finale olympique du 800m, Alfred Yego s'arrache sur la fin pour venir chercher une médaille de bronze. Yego, petit gabarit, fait de son finish dans la dernière ligne droite son point fort. Cela lui permet encore de décrocher une médaille aux Mondiaux de Berlin '09, en argent cette fois-ci. Le sud-africain Mbulaeni Mulaudzil'emporte en 1'45''29 devant Alfred Yego et Yusuf Saad Kamel, ex-kenyan devenu Bahreïnien, tous deux crédités de 1'45''35. Deux semaines plus tard, lors du traditionnel meeting de Rieti, Alfred Yego améliore son record personnel en 1'42''67, terminant second d'une course derrière un certain David Rudisha qui fait déjà sensation avec ses 1'42''01, nouveau record d'Afrique.

    David Rudisha, le premier sous les 100 secondes au 800m ?

     Nul ne sait où s'arrêtera David Rudisha... à 1'40''91, ou pourquoi pas sous la barrière des 1'40, soit cent secondes... En réalité avant lui personne n'aurait pu ne serait-ce penser à cette barrière des cent secondes... Un pur fantasme ! Le record du monde de l'ex-kényan Wilson Kipketer semblait déjà sur une autre planète, mais David Rudisha aura bousculé toute les certitudes en 2010 et en 2012. Du haut de son mètre 90, il interroge par son semblant de facilité sur une distance où l'acide lactique tétanise le commun des mortels. Ce relâchement est sa force, puisque sur 800m, toute crispation se paye chère dans les derniers hectomètres.

     Les spécialistes l'avaient déjà remarqué en 2009 lorsqu'il était le premier non qualifié pour la finale des Mondiaux de Berlin sur 800m. Mais c'est surtout à Rieti qu'on avait pu voir véritablement l'étendu de son potentiel lorsque cela s'est joué d'un rien pour qu'il aille rejoindre Sebastian Coe, Joaquim Cruz et Wilson Kipketer au panthéon des athlètes en 1'41, la faute à deux petits centièmes de trop. Mais ce ne sera que partie remise.

     En début d'année 2010, il effectue une tournée en Australie où il en profite pour s'offrir un joli record personnel sur 400m en 45''50. En l'absence de grands championnats mondiaux, David Rudisha écume les meetings de la nouvelle Diamond League. Début juin, il court en 1'42''04 à Oslo puis en 1'41''51 en juillet à Heusden-Zolder. La fusée est en route... Le 22 août à Berlin, il demande à son lièvre Sammy Tangui de passer en moins de 49'' à la cloche pour sa « première véritable tentative de record du monde ». Rudisha passe en 24''1, 49''1, 1'14''54 pour terminer en 1'41''09 et se payer le luxe d'effacer des tablettes l'ancien kényan devenu danois Wilson Kipketer.

                          

    Alors que le Kenya vient de décrocher son tout premier record du monde du 800m, David Rudisha remet le couvert une semaine plus tard sur son stade fétiche de Rieti. Aux 600 mètres il est sensiblement sur les mêmes bases (1'14''59) mais termine plus fort, en 1'41''01, pile une seconde de mieux que l'année précédente sur cette même piste. Sur l'ensemble de l'année 2010 David Rudisha aura couru 10 fois en moins de 1'43''5 !

     Le chef d’œuvre de David Rudisha est son titre de champion olympique à Londres, assorti d’un record du monde en 1’40’’91 en menant de bout en bout. Cet exploit est à revivre sur Culture Athle : "David Rudisha dans la légende".

    Le Kenya peut être fier de son nouveau bijou, fils de Daniel Rudisha, médaillé d'argent du 4x400m aux Jeux de Mexico '68. Il est le fruit de toute la tradition de demi-fond kényane et notamment de son entraîneur irlandais Colm O'Connell qui a formé entre autres Peter Rono et Wilson Kipketer.

                                     Page 5 : les supers talents (discrets) du 1500m au Marathon.