• Si je retourne ils vont peut être me tuer

    Feyisa Lilesa : "Je vais peut-être être tué en rentrant dans mon pays"

    Feyisa Lilesa à l'arrivée du marathon. Photo AFPFeyisa Lilesa à l'arrivée du marathon. Photo AFP

    L'Éthiopien, deuxième du marathon, a couru la dernière ligne droite en faisant un signe de soutien aux manifestants de sa région du nord du pays, opposés au gouvernement. Avant de le rééditer en conférence de presse.

    C'est un geste qui restera parmi les images fortes de ces Jeux de Rio. Deuxième du marathon, l'Éthiopien Feyisa Lilesa a couru les 100 derniers mètres les bras croisés au-dessus de sa tête. Ce signe est celui des manifestants de la région Amhara, dans le nord du pays, d'où le coureur est originaire.

    Les Amharas, ainsi que les Oromos, le peuple de Feyisa Lilesa, protestent depuis plusieurs semaines contre le gouvernement central éthiopien. Leurs griefs, selon l'hebdomadaire Jeune Afrique : "la corruption, l'absence de liberté et le sentiment des Amharas d’avoir été déclassés au profit de la minorité tigréenne qui forme l’ossature du régime".

    Plus de 30 morts

    La répression menée par les forces de sécurité a été extrêmement violente ces dernières semaines, d'où le geste de soutien de Lilesa. Peu d'informations émergent depuis Bahir Dar, la capitale de la région, mais l'ONG de défense des droits humains Amnesty International estime que, le 7 août, la répression gouvernementale y a fait au moins 30 morts.

    En conférence de presse peu après l'arrivée du marathon, Feyisa Lilesa a eu des mots extrêmement forts. "Si je retourne en Éthiopie, je vais peut-être être tué en rentrant", a lancé l'athlète avant de poursuivre : "Si je ne suis pas tué, peut-être qu'ils me mettront en prison. S'ils ne me mettent pas en prison, ils me retiendront à l'aéroport." Bien conscient, donc, du risque qu'il a pris avec son geste, le marathonien a poursuivi : J'ai une décision à prendre : je vais peut-être m'installer dans un autre pays".

    "Pour mon peuple"

    Pour expliquer son geste, Lilesa a précisé : "J'ai protesté pour mon peuple. Et pour tous mes proches qui sont en prison." Depuis neuf mois, plus de mille personnes ont été tuées par le gouvernement parce qu'ils réclamaient des droits et la démocratie, a lancé l'athlète, qui a ajouté que le gouvernement avait dépossédé des membres de son peuple de leur terre pour les tuer ou les emprisonner.

    "C'est très dangereux d'en parler, a admis le coureur. Un autre athlète m'a dit : 'comment fais-tu pour oser le faire ?'". Feyisa Lilesa a ensuite adressé un message aux pays occidentaux, notamment la France : "C'est un très mauvais gouvernement. Aujourd'hui, l'Amérique, l'Angleterre, la France le soutiennent. Ce soutient lui permet d'acheter des mitraillettes. Et avec ces mitraillettes, ils tuent."

    Surtout, Feyisa Lilesa a conclu la conférence de presse en rééditant son geste. Ce que le gouvernement éthiopien pourrait prendre comme une provocation supplémentaire. Une chose est sûre, le marathonien aura réussi à braquer les yeux du monde sur le sort de son peuple.

     

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    Ethiopian protesters at Meskel Square in Addis Ababa, the capital, on Aug. 6. They were demonstrating against what they said was unfair distribution of wealth in the country.

    ‘A Generation Is Protesting’ in Ethiopia, Long a U.S. Ally

    Protesters in a repressive nation focus on issues like land use and the governing party’s stranglehold on power.